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Le caractère scientifique du spiritisme - par Yannick Ratineau

1 Dec 2013

Malgré les efforts généreux de bien des adeptes, depuis plus d’un siècle, force est de constater que le spiritisme demeure un enfant à naître. Faute de maturité, de cohérence et de parfaite unité, il doit être en effet observé que le spiritisme défini par Allan Kardec et l’ensemble des pionniers, dès la seconde moitié du XIXe siècle, a bien du mal à acquérir ses lettres de noblesse. L’explication se situe, nous semble-t-il, dans le fait que dès l’époque de Kardec, nombre de partisans ont voulu s’emparer de la philosophie du monde invisible pour définir « leur bible », greffant leurs propres opinions, leurs propres convictions, sur le propos de l’Esprit, érigeant les principes fondamentaux définis par l’au-delà en dogmes.

 

De là, le spiritisme a pu donner cours aux images les plus farfelues, images en opposition fondamentale avec le propos initial de l’Esprit, images qui ont réduit le spiritisme à ce qu’il n’est pas, à ce qu’il ne sera jamais. Si le spiritisme est une philosophie, il ne puise pas ses sources dans les convictions d’un homme, aussi brillant et instruit soit-il, mais d’une multitude d’esprits qui, bien mieux placés que nous pour nous instruire sur ce qu'il se passe au-delà de la vie incarnée, sur le sens de cette vie incarnée, s’expriment par l’intermédiaire d’un médium. Or, toute la force, la puissance, mais dans le même temps, et paradoxalement, la fragilité du spiritisme réside dans son caractère original et originel : l’enseignement des Esprits. L’au-delà comporte, à l’instar de ce qui peut être observé sur Terre, une multitude d’esprits qui ne sont pas tous au même stade sur le long chemin de l’évolution, et ne possèdent donc pas tous le même niveau de connaissance, d’instruction, ni le même degré de moralité. Comme les pionniers l’ont découvert assez vite, il serait bien naïf de s’imaginer que la mort débarrasse l’individu de ses travers, de ses défauts et lui octroie des connaissances dont il ne disposait pas durant son incarnation. Par ailleurs, certains esprits peuvent se trouver dans un état de trouble (cf. : Dossier : La vie des esprits dans l’au-delà : Journal Spirite, n° 84. – Dossier : Fantômes et poltergeists : Journal Spirite, n° 70).

 

En outre, et contrairement à une idée fort répandue, si tout le monde n’est pas médium, si tout le monde n’a pas la capacité d’entrer en communication avec l’au-delà, tout un chacun dispose d’un inconscient qui sait se manifester avec force, comme le mouvement des surréalistes dans le domaine de l’art a su le démontrer. C’est ainsi que de nombreux candidats à la médiumnité prennent pour une manifestation de l’au-delà ce qui n’est que la manifestation de leur propre inconscient (Dossier : Les médiumnités : Journal Spirite, n° 94. – Dossier : L’écriture automatique : Journal Spirite, n° 85. – Dossier : Qu’est-ce qu’un médium ? : Journal Spirite, n° 62).

 

C’est précisément pour éviter ces écueils que les pionniers du spiritisme ont procédé à toutes sortes d’expérimentations, d’observations et de réflexions qui ont progressivement permis de constater que le spiritisme résulte de faits scientifiques, c’est-à-dire des faits qui sont, par définition, rigoureusement observables et qui apportent, sans conteste, la preuve de leur réalité. De ce point de vue, le spiritisme est donc, par nature, par essence, une science.

 

Nous l’avons dit, le spiritisme présente, dans sa définition, un aspect original et originel, dans la mesure où il demeure le résultat de l’enseignement des Esprits. À chacun d’apprécier cet enseignement, de l’accepter ou de le refuser, c’est le droit élémentaire de tout individu ; mais s’il est accepté, il nous semble qu’il doit l’être, autant que faire se peut, dans la mesure de la rigueur et de l’exigence d’un sens critique et analytique qu’il convient de savoir travailler, préciser, notamment par l’étude des travaux des pionniers, car là se situe le garde-fou à toutes sortes de dérives obscurantistes et mystiques qui s’opposent aux fondements mêmes du spiritisme. Sur ce point, il doit être rappelé que les précurseurs du spiritisme nous ont légué en héritage les fruits d’un travail colossal d’expérimentations, d’observations et de réflexions qui n’a rien à envier aux travaux scientifiques contemporains.

 

Si les travaux d’Allan Kardec sont, en général, au moins abordés par ceux qui s’intéressent au spiritisme, quid des travaux de Gabriel Delanne, Camille Flammarion, Léon Denis, William Crookes, Thomas Edison, Edouard Branly, le docteur Gustave Geley, Ernest Bozzano, Pierre et Marie Curie, Victor Hugo, Sir Arthur Conan Doyle, etc.  La liste pourrait être encore longue de ces personnalités dont les noms ne cessent de faire « référence » dans les milieux scientifiques ou littéraires, et qui ont toutes, en leur temps, à la fois étudié et adhéré aux phénomènes spirites. Toutefois, l'oubli dans lequel les scientifiques contemporains ont placé leurs illustres ancêtres, en cachant d'un voile pudique tout l'intérêt que ces derniers ont porté aux phénomènes spirites, fait que le grand public l’ignore souvent.

 

De la même manière, qui se souvient aujourd’hui de ces médiums qui ont donné leur vie pour permettre aux observateurs de l’époque de constater la véracité des phénomènes spirites, de les étudier en vue d’en comprendre les mécanismes et les lois physiques qui les gouvernent ? Nous pourrions citer les noms de Daniel Dunglas Home, Eléonore Piper, Florence Cook, Eusapia Paladino, et là aussi la liste pourrait être longue de ces noms qui, dans le silence des livres d’histoire, ont pourtant bouleversé celle de l’Humanité en permettant que la preuve de la survivance de l’âme et la possibilité de communiquer avec le monde invisible soient rapportées.

 

Si l’histoire du spiritisme est riche de centaines d’études et d’ouvrages, la majeure partie d’entres eux sont aujourd’hui tombés dans l’oubli, relégués sur le fond d’une étagère poussiéreuse, témoin d’une gloire passée qui contraste avec les pâles représentations très disparates dont le spiritisme peut faire l’objet actuellement. Force est de constater que, dans le pays natal du codificateur du spiritisme, la démarche de réflexion permanente à laquelle nous conviait Allan Kardec à la fin du XIXe siècle, en montrant la voie d’un spiritisme ouvert et évolutif, s’est muée en une doctrine figée dans des principes progressivement érigés en dogmes par des spirites qui avaient besoin de repères définitifs. Le spiritisme puisant ses racines dans des faits scientifiques, c’est-à-dire des faits qui sont, par définition, rigoureusement observables et qui apportent, sans conteste, la preuve de leur réalité, il est donc, par nature, par essence, une science. Parce que le spiritisme est une science, il revêt assurément un caractère évolutif, progressif, qui interdit, par voie de conséquence, d’ériger les principes philosophiques qu’il a mis - et continue de mettre - à jour, en dogmes.

 

Le caractère scientifique du spiritisme est incompatible avec l’esprit dogmatique dès lors que, contrairement à la religion, celui-ci ne fait pas de projection sur l’au-delà. Il l’étudie et démontre qu’il est impossible de s’en faire une représentation figée. Comme cela est rappelé dans le dernier numéro du Journal Spirite (Réflexion : « Philosophie ou religion ? », Journal Spirite, n° 94), le spiritisme s’inscrit dans une pensée dynamique qui s’approfondit à mesure que la connaissance et la réflexion évoluent. N’est-ce pas, précisément, le propre de toutes les sciences ? N’est-ce pas précisément le contraire de ce qui peut être observé à propos des religions, des croyances, des superstitions ? Les scientifiques contemporains, en assimilant le spiritisme aux religions, aux croyances, aux superstitions, ne font-ils pas la démonstration de leur grande ignorance ?

 

Comme le disait Karl Marx, « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre ». En ignorant, sciemment ou non, les riches travaux scientifiques qui jalonnent l’histoire du spiritisme, non seulement en France mais encore en Angleterre, aux Etats-Unis, en Italie, en Allemagne, en Autriche, etc., les savants d’aujourd’hui, mais également certains pratiquants du spiritisme, se privent assurément d’une source de connaissances qui permettrait, si elle était exploitée dans une démarche d’étude et de réflexion, d’éviter aux premiers de rejeter le spiritisme pour ce qu’il n’est pas, et aux seconds de se méprendre sur ce qu’il est.

 

Il est en effet à remarquer que de nombreux scientifiques adoptent souvent un ton sarcastique à destination de celui qui tente d’ouvrir un dialogue fondé sur la raison et les preuves apportées par l’expérimentation. Pourtant les preuves scientifiques ne manquent pas. D’hier à aujourd’hui, les spirites, parce qu’ils ont expérimenté, expérimentent, et expérimenteront dans le cadre de protocoles strictement définis, sont en mesure de fournir aux scientifiques des preuves innombrables de la survivance de l’âme après la mort, de la réalité de la réincarnation, de la possible communication de ceux que nous nommons improprement « les morts » par l’intermédiaire d’un médium, etc. Il doit être rappelé d’ailleurs que des preuves manifestes de la réalité du phénomène spirite ont été fournies aux scientifiques, et que ces derniers, pour l’heure, bottent toujours en touche - pour reprendre une expression familière - bientôt plus d’un siècle après qu'elles aient été déposées dans leurs laboratoires... (Voir : Dossier : Les médiums et la science. – Journal Spirite, n° 78).

 

Il en est ainsi, notamment, des moulages ectoplasmiques réalisés par le docteur Gustave Geley (cf. : Journal Spirite, n° 65) ; des enregistrements obtenus par voie de TCI dont les laboratoires les plus sérieux s’accordent au moins pour reconnaître que les voix enregistrées ne sont pas émises par un système phonatoire humain au regard de la quasi absence de fréquences fondamentales générées par les cordes vocales - du moins dans les voix obtenues par magnétophone, contrairement à celles obtenues par le réseau téléphonique, ce dernier occultant pratiquement les fréquences des cordes vocales - et la disparité très importante du spectre des consonnes entre celles composant un mot prononcé par une voix humaine et celles recueillies en TCI ; ou encore des photographies dites « spirites ».

 

Du côté des adeptes, il doit être remarqué que nombre d’entres eux, ignorant sciemment ou non la riche histoire du spiritisme depuis l’époque d’Allan Kardec jusqu’à nos jours, se livrent, dans le hasard le plus complet à l’expérimentation de la médiumnité, avec toutes les conséquences catastrophiques que cela peut avoir pour le candidat médium s’il s’avérait que celui-ci dispose bien d’une telle faculté. Dans l’immense majorité des cas, tel n’est pas le cas, et fort heureusement pour la santé physique et psychique du candidat médium en question qui, en pareille hypothèse, ne produit que des messages dont le contenu n’est rien d’autre que le reflet de son inconscient qui se déverse à chaque séance.

 

Le désir de vivre la manifestation spirite étant souvent plus fort que la raison, de nombreux pratiquants, de bonne foi et en toute sincérité, revendiquent le caractère véritable d’une manifestation dont il est pourtant aisé, pour n’importe quel esprit qui aura un tant soit de peu de culture spirite, voir plus simplement de bon sens, de démontrer qu’elle provient de l’inconscient du candidat médium, et non d’un esprit. Si la démarche de ces partisans est sincère et doit être respectée de ce point de vue, elle tend toutefois à décrédibiliser le spiritisme, et à conforter davantage encore ceux qui le fustigent ou l’assimilent à une croyance ou une superstition dans leurs convictions, ce qui est regrettable. Cela devient plus critiquable lorsque, dans certains cas, certains défenseurs redéfinissent les principes fondamentaux du spiritisme en greffant leurs propres opinions, leurs propres convictions, sur le propos de l’Esprit, avant de les ériger en dogmes. Ce qui les conduit à appliquer et à diffuser un spiritisme dont les valeurs sont, quelque peu, « obsolètes », voire « erronées ».

 

Que ce soit chez les scientifiques ou chez certains adeptes, l’ignorance du caractère scientifique du spiritisme mis en exergue par les pionniers dès la fin du XIXe siècle, conduit les premiers à le rejeter pour ce qu’il n’est pas ; les seconds à se méprendre sur ce qu’il est réellement, et à le réduire à des images d’Épinal. Ce n’est qu’à la condition que les fondations scientifiques du spiritisme, mises à jour par les travaux des pionniers dès la seconde moitié du XIXe siècle, soient étudiées, comprises, et qu’elles constituent la norme de référence du spiritisme d’aujourd’hui que la philosophie spirite pourra enfin apparaître aux yeux du plus grand nombre pour ce qu’elle est : un phare qui éclaire de la raison les ténèbres de l’ignorance et de l’obscurantisme puisant leurs racines dans le mysticisme et les superstitions. Ce n’est qu’à cette condition, nous semble-t-il, qu’elle sortira des caricatures dont elle est devenue aujourd’hui prisonnière, et qui rebutent puissamment ceux qui pourraient pourtant trouver dans le spiritisme réponse à leurs questions, et donner sens à leur existence incarnée. Telle est la démarche entreprise au sein de notre association depuis ses débuts, il y a quarante ans.

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