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Non, Jaurès n'est pas mort en vain ! A propos des commérations de la guerre de 14-18 - par Colombe Jacquin

1 Jan 2014

De nombreuses initiatives seront prises en 2014 afin de commémorer le centenaire du début de la première guerre mondiale. Certes il est nécessaire notamment pour la jeunesse, de rappeler cet épisode douloureux car il fait partie de notre histoire proche ; le 20e siècle a connu des bouleversements considérables liés aux conséquences des deux conflits qui ont embrasé le monde et généré des millions de morts. On sait de plus qu'ignorer le passé, c'est prendre le risque de retomber dans les mêmes travers. Il est donc naturel, légitime, de rappeler le combat de ces millions de soldats qui sont partis au front vaillamment avec l'espoir de livrer une guerre rapide, vengeant ainsi leur pays de l'outrage prussien.

 

Las! La guerre éclair fut la guerre de l'enlisement, de l'horreur des tranchées, de ces soldats qui passèrent des hivers dans le froid, la peur, entourés des cadavres de leurs amis. Des jeunes gens, presque des enfants, de tous les pays engagés dans le conflit ont connu l'abomination. 10 millions de soldats tués, et en France, un jeune de moins de 25 ans sur quatre a laissé sa vie sur les champs de bataille. Pour les millions de blessés qui en sont revenus des membres amputés, des gueules cassées, des poumons détruits par l'ypérite, des traumatismes psychologiques indélébiles, mais aussi des millions de civils tués, des veuves, des orphelins, des familles entières marquées à vie.

 

Ces jeunes gens que l'on envoyait vers une mort certaine sont devenus des héros, on loue à juste titre leur courage, leur patriotisme et on se gausse de cette victoire militaire qui ne fut en réalité qu'une trêve, car dès la signature du traité de Versailles, il était évident que les conditions imposées à l'Allemagne conduiraient celle-ci à prendre sa revanche. De fait, la deuxième guerre mondiale éclata seulement 20 ans après, avec les conséquences humaines que l'on sait, puisque cette fois l'horreur gagna d'un cran avec les exterminations nazies.

 

Or, on oublie trop facilement que la guerre 14-18 aurait pu être évitée ; on oublie que certains ont lutté jusqu'au bout pour éviter ce recours tragique.  Jean Jaurès s'est battu pendant près de 10 années pour convaincre les politiques de trouver une solution pacifique afin - entre autres - de récupérer l'Alsace et la Moselle annexées par la Prusse en 1870. Il espéra jusqu'à la fin que, face au désastre annoncé, les gouvernements se ressaisiraient. Il a payé cet acharnement de sa vie puisqu’il fut assassiné le 31 juillet 1914, précisément parce qu’il ne voulait pas de cette lutte fratricide entre les peuples. D'autres, trop peu cependant, s'étaient engagés à ses côtés, mais la mort de Jaurès mit fin à tout espoir.

 

Pourtant, en homme d'état qu'il était, il avait entrevu les conséquences tragiques d'une intervention armée, et avait donc proposé des solutions diplomatiques en lien avec des pacifistes étrangers, notamment allemands, préconisant une politique de désarmement simultané entre les nations, d’une part, et une politique d'arbitrage international de tous les litiges, d’autre part, la guerre russo-japonaise de 1904 laissant entrevoir, par le jeu des alliances, un risque de conflit généralisé. Il avait compris que la guerre était le « produit des convoitises et des marchandages impérialistes menés par les maquignons de la patrie ». Pour cela, on le taxa de traitre à la patrie. Effrayé par la griserie nationaliste et chauvine qui gagna le pays, il en appela à tous les prolétaires européens afin de « faire la guerre à la guerre », car il avait perçu, contrairement à la majorité des gens, que ce serait les classes populaires de tous pays qui feraient les frais des jeux politico-financiers des nations engagées.

 

Si l'année 2014 sera le centenaire du premier conflit mondial, elle sera aussi celui du centenaire de l’assassinat de Jean Jaurès. Il serait bon de le commémorer, car cet acte ignoble fut vite oublié dans la liesse de l'armistice  de 1918, au point d’ailleurs que son assassin fut acquitté en 1919, sans que cela ne suscite beaucoup d'indignation. Jean Jaurès aura été raillé, caricaturé, alors qu’il était un authentique artisan de la paix, un visionnaire qui avait anticipé toutes les conséquences d'un tel conflit armé.

 

La guerre n'est pas un recours, elle ne se justifie dans aucune situation, à la violence répond la violence, à la haine répond la haine. Ce sont des pauvres gens, des humbles que les dirigeants envoient mourir à des fins de domination. Quelle que soient la nationalité et la couleur de la peau, le sang et les larmes sont les mêmes pour tous les hommes.

 

Que l'on se souvienne avant de vanter la bravoure bien réelle de ces poilus que ce bain de sang aurait pu être évité. Les commémorations ont leur nécessité d'être, mais l'éloge du patriotisme est un peu facile dès lors qu'il n'y avait pas d'autre choix que de tuer au nom de la patrie le malheureux qui était en face. Que l'on se souvienne des mutineries suite aux combats suicidaires du chemin des dames et des exécutions qui en ont suivi pour ceux qui avaient désobéi aux ordres imbéciles d'incapables.

 

Non le repos des poilus morts au combat ne fut pas serein. Soixante dix ans après ces douloureux évènements, les esprits nous interpellaient sur la souffrance de ces hommes, dont certains connaissaient encore le trouble d'une désincarnation violente et inhumaine.

 

Plus récemment, en novembre 2013, l’esprit de Georges Clémenceau, surnommé « le père la victoire », est venu confier son sentiment en ces termes :

 

« En ce jour  anniversaire, jour du souvenir, je viens dans le recueillement en mémoire de tous ces hommes qui furent envoyés combattre dans une guerre atroce, pour en mourir dans des conditions souvent effroyables.

 

Peu importe l’attaquant, peu importe l’attaqué, ils furent des hommes ! Des hommes qui n’avaient rien demandé et qui n’étaient que des pantins aux mains de jeux de pouvoir, de profits, sous la coupe de quelques dirigeants politiques.

 

Une guerre chasse l’autre, des guerres en chassent d’autres, et une forme de romantisme dangereux embaume le souvenir commémoratif.

 

N’oublions pas et j’en appelle à votre conscience d’êtres de paix ! Je continue dans l’au-delà ma participation au combat pacifiste, accompagné d’anciens hommes du front, poilus anonymes ou gradés plus responsables, envers qui j’ai toujours eu beaucoup de respect et de compassion. »

 

Que cette année 2014 soit l'occasion de s'interroger sur tous les conflits existants de par le monde, et pour lesquels on tente, par tous les moyens, de trouver des solutions pacifiques. 

 

En ce qui nous concerne, nous spirites, nous continuerons plus que jamais notre combat fluidique pour la paix, quels que soient les pays concernés, car des hommes et des femmes de paix continuent depuis l'au-delà à travailler pour que la planète ne connaisse plus de conflits guerriers. Dirigeons nos pensées vers eux afin que les armes se taisent enfin, et que tous les peuples puissent vivre librement et sereinement.

 

Non, Jaurès ne sera pas mort en vain.

 

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